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XVIIème siècle
Le XVIIème siècle est, en France, le « Grand Siècle » : celui de la monarchie absolue. Sous Louis XIII et le cardinal de Richelieu, puis sous Louis XIV, le royaume devient la première puissance d'Europe, impose partout l'autorité du roi et referme les plaies des guerres de Religion. C'est aussi, dans toute l'Europe catholique, le temps de la Réforme catholique issue du concile de Trente, qui entend reconquérir les âmes — et dont la Basse-Bretagne bretonnante sera l'un des grands terrains. Pour le Cap-Sizun, pointe pauvre et maritime tout au bout du royaume, ce siècle-là se vit loin de Versailles : au rythme de la mer, de la paroisse et des missions1.
La Bretagne dans le royaume
Réunie à la couronne de France en 1532, la Bretagne demeure au XVIIème siècle une province à part, jalouse de ses libertés : elle conserve ses États, qui votent l'impôt, et son Parlement, siégeant à Rennes. Mais l'absolutisme de Louis XIV et la politique fiscale de son contrôleur général Colbert pèsent d'un poids croissant sur les campagnes2.
Le heurt éclate en 1675 avec la révolte du papier timbré, dite aussi révolte des Bonnets rouges : de nouvelles taxes — sur le papier timbré, le tabac, la vaisselle d'étain — embrasent la Basse-Bretagne. En Cornouaille, dont le Cap-Sizun forme la pointe occidentale, les paysans se soulèvent, rédigent un « code paysan » et s'en prennent aux bureaux du fisc et à quelques manoirs. La répression, conduite par le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, est impitoyable : pendaisons, envois aux galères, et jusqu'aux clochers abattus en signe de châtiment3. La province n'osera plus se dresser de tout le règne.
Au bout de cette province, le Cap-Sizun vit surtout de la mer et d'une terre ingrate : petite pêche, sardine, goémon et maigres labours. Trop à l'écart pour que Versailles s'y intéresse autrement que pour lever ses impôts et garder ses côtes, il traverse le Grand Siècle loin des fastes du royaume — mais non des missions qui, elles, viennent jusqu'à lui.
État religieux
En Basse-Bretagne, cette Réforme catholique prend le visage des grandes missions : l'Église entreprend de réévangéliser en profondeur des campagnes où l'on parle breton et où l'on ne lit pas le latin.
Deux hommes y marquent durablement notre région. Dom Michel Le Nobletz (1577-1652), missionnaire, invente pour instruire les foules illettrées les taolennoù, ces tableaux de mission peints où chaque image enseigne un point de la foi ; il prêche à Douarnenez, au Conquet et dans tout le pays bas-breton. Son disciple, le père jésuite Julien Maunoir (1606-1683), poursuit son œuvre et conduit dans le Cap-Sizun quelques-unes de ses premières missions — pour lesquelles, dit-on, il revêtait une vieille soutane de Dom Michel4.
À Cléden comme dans les paroisses voisines, cette ferveur se lit encore dans les chapelles et les pardons qui rythment l'année, et dans le soin porté aux édifices religieux — ceux-là mêmes que la Révolution mettra en vente un siècle plus tard (voir le XVIIIème siècle).
Sorciers et « vases de maléfice »
Cette réévangélisation se heurte à un vieux fond de croyances magiques, tenace dans le Cap-Sizun. Le Père Maunoir lui-même décrit un pays où le sabbat rassemblait « une multitude considérable » et où certains, à force de faux exorcismes, prétendaient guérir toutes les maladies : c'est ce qu'il appelait les iniquités de la Montagne, qu'il combattit lors des missions de Cléden et de Plogoff, en 1643, puis aux pardons de Saint-Tugen et de Saint-They5.
De ces pratiques, l'archéologue Hyacinthe Le Carguet a retrouvé la trace matérielle : les vases de maléfice. Pour jeter un sort, on enfouissait un vase — empli de cendres, d'ossements ou de la chair d'animaux réputés nocifs — là où devait passer la personne ou la bête visée : sous le seuil d'une maison, sous le lit, dans un puits, à l'entrée d'un champ. Quand la victime passait au-dessus, le maléfice opérait ; la verveine, elle, servait à s'en préserver. Ces poteries se découvrent en grand nombre dans le Cap ; à Cléden, on en signale à Théolen, Kiolet, Brouzoulous et Lezanquel — celle de Théolen, enfouie à un mètre cinquante sous le sol d'une maison, renfermait une matière noirâtre où un pharmacien d'Audierne reconnut des graisses animales5.
1. Pour le cadre général du Grand Siècle et de la monarchie absolue : Pierre GOUBERT, Louis XIV et vingt millions de Français, Paris, Fayard, 1966.
2. Sur la place de la Bretagne dans le royaume — États de Bretagne, Parlement, privilèges de la province : Arthur de LA BORDERIE et Barthélemy POCQUET, Histoire de Bretagne, Rennes, 1896-1914, 6 vol.
3. Sur la révolte de 1675 : Jean LEMOINE, La Révolte dite du papier timbré ou des Bonnets rouges en Bretagne en 1675, Paris-Rennes, 1898.
4. D'après les biographies de Dom Michel Le Nobletz et de Julien Maunoir (diocèse de Quimper et de Léon).
5. H. LE CARGUET, « Les vases enfouis pour maléfices dans le Cap-Sizun », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1906, p. 70-75 ; les faits de sorcellerie et les missions du Père Maunoir y sont rapportés d'après la Vie du Père Julien Maunoir du P. SÉJOURNÉ.

