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Plus qu'aucun autre, le XXème siècle a vu basculer un monde. En quelques décennies, la vie du Cap — celle des marins-paysans, du breton parlé partout, de la voile et de l'attelage — a cédé la place à un tout autre univers, sous le choc de deux guerres mondiales, de la fin de la sardine, de l'exode des jeunes et de l'arrivée de la route, de l'électricité et du moteur.
Au début du siècle, la religion catholique règne encore sur toute la vie quotidienne : elle dicte les moindres faits et gestes des Capistes. Ainsi, en ce temps, tout est péché. Avant de communier, il ne fallait ni manger ni boire après minuit. Si l'hostie collait au palais, c'était un péché de la décoller avec le doigt1.
Le schéma politique d'avant-guerre est relativement simple puisqu'il consiste en deux partis opposés. D'un côté, les paysans, les poch-gwiniz (les « sacs de froment ») ; de l'autre, les pêcheurs, les poch-krank (les « sacs de crabes »)1. Cette frontière était d'abord sociale et très marquée — on se mariait rarement d'un bord à l'autre —, mais elle recouvrait en partie le grand clivage de la IIIème République en Basse-Bretagne : d'un côté les « blancs », plutôt paysans et proches du clergé ; de l'autre les « rouges », plutôt marins et républicains2.
Comme toutes les communes maritimes et rurales du Cap-Sizun, Cléden paie à la Grande Guerre un très lourd tribut : toute une génération d'hommes — marins et paysans — manque désormais à l'appel, et le monument aux morts du bourg en garde la mémoire. L'entre-deux-guerres voit ensuite le lent recul des activités traditionnelles — la pêche à la sardine, les moulins, la polyculture — et le début de l'exode des jeunes vers les villes, un mouvement que la seconde moitié du siècle ne fera qu'amplifier.
Le désenclavement du Cap se poursuit. Le vieux pont de fer d'Audierne, devenu trop fragile et vite saturé par la circulation croissante vers la pointe du Raz, est remplacé : le nouveau pont sur le Goyen, entre Audierne et Poulgoazec, est inauguré le 11 décembre 19273. La route, puis l'électricité et l'eau courante, achèvent de rapprocher les villages du reste du pays.
Le Cap veille aussi sur la mer d'une autre manière. Dans la seconde moitié du siècle, la Marine nationale installe à la pointe de Brézellec, en Cléden, une station dépendant de Brest : des émetteurs de radionavigation (systèmes RAGEP puis TORAN) et un répondeur sonar, qui permettaient aux navires de caler leur position, servis par un officier marinier et deux appelés bien intégrés à la vie de la commune. Ces équipements, dépassés par l'arrivée du positionnement par satellite, ont depuis disparu.
Dans la seconde moitié du siècle, à mesure que le tourisme se développe et que la côte devient convoitée, naît le souci de la préserver. L'État crée, par la loi du 10 juillet 1975, le Conservatoire du littoral, chargé d'acquérir les espaces naturels du bord de mer pour les soustraire définitivement à la construction. Son action se fera bientôt sentir jusqu'à Cléden, dont il protégera plusieurs pointes (voir le XXIème siècle).
La même prise de conscience touche la pointe du Raz voisine. Défigurée dès les années 1960 par les boutiques, les hôtels et le parking poussés jusqu'à son extrémité, elle fait l'objet, après son classement en 1989, d'une vaste « Opération Grand Site » : le syndicat mixte créé en 1991 fait démolir les hôtels et reculer de huit cents mètres commerces et stationnement, rendant à la pointe son aspect d'origine (travaux achevés en 1996)4. Le périmètre protégé englobe la baie des Trépassés et la pointe du Van, sur la commune de Cléden.
1. Henri GOARDON, Le Cap-Sizun autrefois — Ar C'hap Gwechal, 1989.
2. Clivage classique de la Basse-Bretagne sous la IIIème République ; voir la bibliographie régionale sur l'opposition des « blancs » (cléricaux) et des « rouges » (républicains).
3. Sur les ponts d'Audierne : « Les 4 ponts d'Audierne » (Wikipédia).
4. Opération Grand Site de la pointe du Raz ; voir « Pointe du Raz » (Wikipédia) et le Réseau des Grands Sites de France.