Index > Histoire >
XXème siècle
Plus qu'aucun autre, le XXème siècle a vu basculer un monde. En quelques décennies, la vie du Cap — celle des marins-paysans, du breton parlé partout, de la voile et de l'attelage — a cédé la place à un tout autre univers, sous le choc de deux guerres mondiales, de la fin de la sardine, de l'exode des jeunes et de l'arrivée de la route, de l'électricité et du moteur.
L'état religieux
Au début du siècle, la religion catholique règne encore sur toute la vie quotidienne : elle dicte les moindres faits et gestes des Capistes. Ainsi, en ce temps, tout est péché. Avant de communier, il ne fallait ni manger ni boire après minuit. Si l'hostie collait au palais, c'était un péché de la décoller avec le doigt1.
La politique
Le schéma politique d'avant-guerre est relativement simple puisqu'il consiste en deux partis opposés. D'un côté, les paysans, les poch-gwiniz (les « sacs de froment ») ; de l'autre, les pêcheurs, les poch-krank (les « sacs de crabes »)1. Cette frontière était d'abord sociale et très marquée — on se mariait rarement d'un bord à l'autre —, mais elle recouvrait en partie le grand clivage de la IIIème République en Basse-Bretagne : d'un côté les « blancs », plutôt paysans et proches du clergé ; de l'autre les « rouges », plutôt marins et républicains2.
Après la grande guerre 1914-1918
Comme toutes les communes maritimes et rurales du Cap-Sizun, Cléden paie à la Grande Guerre un très lourd tribut : toute une génération d'hommes — marins et paysans — manque désormais à l'appel, et le monument aux morts du bourg en garde la mémoire. L'entre-deux-guerres voit ensuite le lent recul des activités traditionnelles — la pêche à la sardine, les moulins, la polyculture — et le début de l'exode des jeunes vers les villes, un mouvement que la seconde moitié du siècle ne fera qu'amplifier.
Grandes constructions
Le désenclavement du Cap se poursuit. Le vieux pont de fer d'Audierne, devenu trop fragile et vite saturé par la circulation croissante vers la pointe du Raz, est remplacé : le nouveau pont sur le Goyen, entre Audierne et Poulgoazec, est inauguré le 11 décembre 19273. La route, puis l'électricité et l'eau courante, achèvent de rapprocher les villages du reste du pays.
La Seconde Guerre mondiale
Sous l'Occupation, l'Allemagne couvre la côte du Cap d'ouvrages du Mur de l'Atlantique — mais très inégalement, selon ce que chaque rivage pouvait offrir à l'ennemi. La longue plage de sable de la baie d'Audierne, l'une des rares où un débarquement était concevable, est lourdement fortifiée : casemates, tétraèdres de béton minés, « asperges de Rommel » et champs de mines, et jusqu'à une usine de concassage de galets, bâtie à Tréguennec en 1943 pour produire le béton d'une bonne part du Mur6. À l'autre bout du Cap, la pointe du Raz, avancée sur le large, devient un site majeur de la « guerre des ondes » : les Allemands y installent des stations radar et des blockhaus — dont le site majeur de Men Tan, à Lescoff — pour surveiller les approches de l'Atlantique7.
Cléden, elle, échappe à ces grands travaux — et c'est sa géographie qui l'a protégée. Sa côte n'offrait aucun des deux intérêts militaires : pas de plage de débarquement, puisqu'elle n'est que falaises abruptes — pointe du Van, Castelmeur, Brézellec —, naturellement infranchissables pour une opération amphibie ; et pas davantage le meilleur poste de guet, ce rôle revenant à la pointe du Raz, plus avancée. Sa seule grève, la baie des Trépassés, exiguë et gardée par les courants du Raz, restait inutilisable pour un débarquement. Faute de plage où débarquer, la commune n'a pas connu les grandes fortifications qui ont couvert ses voisines.
Le remembrement
La campagne clédinoise change elle aussi de visage. Dans les années 1960, la commune connaît son remembrement : les terres, jusque-là éclatées en une multitude de petites parcelles, sont regroupées — c'est l'objet même de l'opération —, et surtout le vieux réseau des chemins qui reliaient les villages les uns aux autres est en grande partie redessiné. De nouveaux chemins d'exploitation, plus larges, et des routes goudronnées reliant les villages à la départementale voient alors le jour ; l'implantation des villages eux-mêmes, en revanche, n'en est guère bouleversée5.
Le remembrement n'avait rien d'automatique : il se menait commune par commune, dans le cadre d'une procédure locale. C'est ce qui explique que des communes voisines du Cap aient pu connaître, sur ce point, des évolutions différentes.
La marine à Brézellec
Le Cap veille aussi sur la mer d'une autre manière. Dans la seconde moitié du siècle, la Marine nationale installe à la pointe de Brézellec, en Cléden, une station dépendant de Brest : des émetteurs de radionavigation (systèmes RAGEP puis TORAN) et un répondeur sonar, qui permettaient aux navires de caler leur position, servis par un officier marinier et deux appelés bien intégrés à la vie de la commune. Ces équipements, dépassés par l'arrivée du positionnement par satellite, ont depuis disparu.
La protection du littoral
Dans la seconde moitié du siècle, à mesure que le tourisme se développe et que la côte devient convoitée, naît le souci de la préserver. L'État crée, par la loi du 10 juillet 1975, le Conservatoire du littoral, chargé d'acquérir les espaces naturels du bord de mer pour les soustraire définitivement à la construction. Son action se fera bientôt sentir jusqu'à Cléden, dont il protégera plusieurs pointes (voir le XXIème siècle).
La même prise de conscience touche la pointe du Raz voisine. Défigurée dès les années 1960 par les boutiques, les hôtels et le parking poussés jusqu'à son extrémité, elle fait l'objet, après son classement en 1989, d'une vaste « Opération Grand Site » : le syndicat mixte créé en 1991 fait démolir les hôtels et reculer de huit cents mètres commerces et stationnement, rendant à la pointe son aspect d'origine (travaux achevés en 1996)4. Le périmètre protégé englobe la baie des Trépassés et la pointe du Van, sur la commune de Cléden.
Les maires de Cléden au XXe siècle
Au XXe siècle, six maires se succèdent à la tête de la commune, à son image — cultivateurs et gens de mer8.
- 1904-1925 : Jean-Marie Briant, cultivateur
- 1925-1945 : Jean-Mathieu Thalamot, agriculteur
- 1945-1959 : Eugène Berriet, marin d'État
- 1959-1971 : Yves Marchand
- 1971-1977 : André Kerninon
- 1977-1995 : Jean-Guillaume Donnart, agriculteur
1. Henri GOARDON, Le Cap-Sizun autrefois — Ar C'hap Gwechall, 1989.
2. Clivage classique de la Basse-Bretagne sous la IIIème République ; voir la bibliographie régionale sur l'opposition des « blancs » (cléricaux) et des « rouges » (républicains).
3. Sur les ponts d'Audierne : « Les 4 ponts d'Audierne » (Wikipédia).
4. Opération Grand Site de la pointe du Raz ; voir « Pointe du Raz » (Wikipédia) et le Réseau des Grands Sites de France.
5. Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne, dossier « Les maisons et les fermes de Cléden-Cap-Sizun » (réf. IA00006009, C. Toscer et C. Douard), sur patrimoine.bzh.
6. Sur les défenses de la baie d'Audierne : « Usine de concassage de galets de Tréguennec » (Wikipédia) et l'association Ero Vili (ero-vili.fr).
7. Sur les radars de la pointe du Raz : Jean DANZÉ, Alain LE BERRE et al., L'Œil de l'Atlantique — Guerre des ondes, guerre de l'ombre, pointe du Raz 1939-1944 ; abri type 622 de Men Tan, à Lescoff en Plogoff (Inventaire du patrimoine, réf. IA29133764).
8. Liste des maires établie d'après l'article « Cléden-Cap-Sizun » de Wikipédia.

