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Traditionnellement, on situe le Moyen Âge entre 476 (date de la déposition du dernier empereur romain d'Occident par un chef barbare) et 1492 (date de la découverte du continent américain par Christophe Colomb).
La Bretagne doit son nom à cette période du début du Moyen Age marquée par l'immigration, par vagues successives, des Bretons d'outre-Manche chassés par les Angles et les Saxons. Ils apportent avec eux leurs chefs religieux, qui deviendront nos saints patrons et dont nos principales villes prendront le nom (villes commençant par "plou", "tre", "lan"). L'expansion Celte se poursuit jusqu'au XIème siècle. Peut-être aidés par cet afflux de population, ceux qu'on appelait encore les Armoricains, acquièrent leur indépendance vis à vis de l'empire Romain d'Occident vers 406.
La foi laisse dès cette époque ses premières pierres. De l'église romane bâtie au Moyen Âge subsistent, au haut de la nef de l'église paroissiale actuelle, quatre colonnettes aux chapiteaux arrondis datées du XIIème siècle : ce sont les plus anciens vestiges religieux conservés dans la commune (voir la fiche de l'église paroissiale).
Bien avant les seigneurs, ce sont les moines qui marquent Cléden. Dès le haut Moyen Âge, la paroisse gravite dans la mouvance de l'abbaye de Landévennec, fondée par saint Guénolé : plusieurs lieux de la commune figurent dans son cartulaire, et le souvenir du saint y est partout6.
La tradition distingue deux anciennes « occupations ». À l'ouest, sur le versant ensoleillé que l'on aperçoit à droite de la route de la pointe du Raz, après le bourg de Plogoff, le village de Les-Cléden — cité dans le cartulaire — réunissait l'aula, la cour du chef (à Ar C'hastellic, face à l'étang de Laoual), et une chapelle de saint Guénolé. Ce village et les terres alentour payaient la dîme aux abbés de Landévennec, mais sans entrain, comme le dit un dicton : « Ar falla douar a zo er C'hab, douar otrou a douar abat » — « Les plus mauvaises terres du Cap sont celles des seigneurs et des abbés »6.
À l'est, une autre partie de la commune porte le nom d'an Douar-Santel, la « Terre Sainte » — territoire jadis consacré à saint Guénolé, dont le nom, déjà pris en mauvaise part autrefois, voisine avec celui du village de Ker-laeron, « le village des voleurs »6. C'est là, au bord de la mer, qu'est Penharn : une charte du cartulaire y mentionne le don, à saint Guénolé, de la terre de Pen-Karn et d'un lieu dominant la mer, près de Tolmaen, pour y bâtir une tour6.
De ces temps ne restent que des traces effacées. Au village de Lanzulien, près de Penharn, la tradition plaçait une chapelle de saint Guénolé, dont la fontaine subsistait encore au XIXe siècle. On la disait aussi ancienne propriété des Templiers, les Manac'hed-Ruz (les « moines rouges ») : un champ voisin, Parc-an-Id-du, passait pour porter un blé maudit, roussi, à cause des crimes qu'on leur prêtait7.
Cette période voit l'avènement du pouvoir des seigneurs, probablement dû à la faiblesse de l'autorité royale. Ces personnages proposent de laisser l'utilisation de leurs terres par des vassaux, en échange de diverses contributions.
Ce fief englobait, en plus de son manoir, de la métairie, du moulin, de terres à Trévenan, de la seigneurie de Keridiern, une tenue près du manoir de Kerazan, une tenue à Penharn, le quart d'un lieu à Théolen et quelques posessions à Kersaudy, à Brémel, à Kerbelec, à Kergalédan, à Kermeur et à Kerlaouen1.
Le manoir de Kerharo se situait la ou se trouve le village du même nom aujourd'hui. Il n'en restait en 1572 que vieilles maisons, vieilles murailles et vieilles douves.
La seigneurie de Kerazan est la seule dont subsiste le manoir aujourd'hui, isolé dans un vaste domaine boisé à quelque quatre cents mètres au sud-ouest du bourg. C'est un manoir fortifié du type le plus courant en Bretagne aux XVe et XVIe siècles ; il en reste notamment le portail d'entrée, l'enceinte et la tour d'escalier8.
Le domaine appartint d'abord à la famille de Saluden, dès la fin du XVe siècle — leurs armes, alliées à celles du Liscoët par le mariage de 1612, figurent encore sur les pignons —, puis, à la fin du XVIIe siècle, passa aux Treanna. Malgré des travaux de restauration, le manoir est décrit en 1808, lors de sa vente, comme « une maison toute délabrée ». Quant à la chapelle qui lui était associée, sous le vocable de saint Sébastien, elle a été démontée pierre par pierre en 1978 pour être remontée au manoir de Trefrest, en Pont-Croix8.
Il s'agissait de la plus petite seigneurie de Cleden. Son manoir n'existe plus depuis 1805 ou 1806 mais devait se situer non loin de la chapelle de Langroas, au village de Langroaz5. Les droits de cette seigneurie ne s'étendaient que sur deux ou trois villages situés sur la commune et quelques tenues disséminées dans les paroisses voisines.
Les seigneurs de Kéridiern dépendaient du marquis de Kerharo, dont ils étaient vassaux comme en atteste le texte suivant: Ce jour vingt et un de septembre, aprs midy mil six cent trente six, devant nous, notaires de la cour royalle de Chateaulin et juridiction du Prieuré de Saint-René du Boys (Locronan), Guengat et Lezarcoet, ont comparu: messire Nicolas de Ploeuc, seigneur de Kerharo, Guilguiffin, Quilliou et autres lieux lieux, demeurant en son manoir de Guilguiffin, paroisse de Landudec, d'une part, et noble homme René de Kéridiern sieur dudit lieu, Kerdoutous, demeurant en son manoir de Kerdoutous, paroisse de Plonévez-Porzay, d'autre party, lesquelles partyes connaissent et confessent savoir: Ledit sieur de Kéridiern tient à foy et hommage, devoir de rachapt, le manor de Kéridiern, le moulin, ses issues, appartenances et dépendances, colombier, en la paroisse de Cléden-Cap-Sizun, pour en payer par an de cheffrente audit seigneur de Kerharo, le jour et fête de Monsieur Saint Mathieu, au mois de janvier, une paire de sonettes de milan2.
Le nom même de la seigneurie remonte peut-être plus haut que le manoir : Kéridiern — on prononce Kerdiern — signifie la demeure du tiern, du chef, et Daniel Bernard y voyait la résidence possible d'un chef de plou. La famille figure parmi les nobles de Cléden aux montres de 1481 et de 1562, et fut déclarée noble et d'ancienne extraction à la réformation de 1670, justifiant de sept générations. Un aveu de 1678 donne une idée de la modestie du domaine : Vincent de Kéridiern y reconnaît tenir du Roi quatre journaux de terres chaudes et deux journaux de terres froides, aux issues des villages de Kerninon et de Kerbesquérien5.
Ce même Vincent fut le dernier du nom. Venu habiter le manoir de Cléden vers 1695, il signe les registres paroissiaux pendant seize ans — treize baptêmes, dont six comme parrain, et onze mariages. Il commandait la compagnie garde-côtes de Cléden, forte de cinquante hommes : six de Goulien, dix de Primelin, seize de Cléden, quatre de Plogoff et quatorze de Poullan. Elle se réunissait au bourg pour l'exercice et dépendait de la capitainerie de Pont-Croix, dont les revues générales se tenaient à la montagne de Pont-Croix. En 1703, ses officiers étaient Jean Le Priser lieutenant, Henry Goudédranche enseigne, et Simon clerc du guet5.
Vincent de Kéridiern mourut sans postérité en 1711 et fut inhumé dans son enfeu, à sa chapelle prohibitive de l'église paroissiale. L'héritage passa aux Kératry. L'aîné de cette famille périt sur l'échafaud pendant la Révolution et ses biens furent vendus nationalement ; son frère Auguste-Hilarion de Kératry, arrêté par le comité révolutionnaire de Quimper le 16 octobre 1793, devint député sous la Restauration puis pair de France en 1839. Ainsi la plus petite seigneurie de Cléden mène-t-elle, de proche en proche, jusqu'à la Chambre des pairs. Les traces que cette famille a laissées dans la chapelle de Langroas et sur son calvaire sont décrites dans la page qui lui est consacrée5.
Selon certains écrits les traditions placent principalement le séjour des lépreux le long de la voie romaine qui aboutit à Troguer (Trouguer), en face de la baie des Trépassés3. Les refuges des malades faisaient généralement partie d'une des trois catégories suivantes: chapelles, léproseries ou cabanes isolées. Ainsi, une chapelle de la Madeleine, partronne des lâdres, aurait existé [...] à la limite des communes de Goulien et Cléden, au sud du village de Kergunduy (Kergond'hui)4.
1. D. Bernard : "Cléden-Cap-Sizun, Monographie d'une paroisse et d'une commune de la presqu'île du Cap-Sizun", 1942.
2. Trevedy: Vieux souvenir de la chasse au vol, E116 in Daniel Bernard: "Etudes sur le Cap-Sizun, La Chapelle de Langroas et la seigneurerie de Kéridiern en Cléden-Cap-Sizun", Bulletin de la société archéologique du Finistère, 1909. Les Milans sont des rapaces auquels on accrochait des sonnettes lorsqu'ils étaient dressés pour la chasse.
3. H. Le Carguet : "Traditions populaires sur les épidémies dans le Cap-Sizun", Bulletin de la société archéologique du Finistère, 1892
4. ibid.
5. Daniel Bernard, Études sur le Cap-Sizun. II. La chapelle de Langroaz et la seigneurie de Kéridiern, en Cléden-Cap-Sizun, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome XXXVI, 1909, pages 262 à 277, d'après les Archives du Finistère et les registres d'état civil de Cléden-Cap-Sizun.
6. H. Le Carguet, « Les chapelles du Cap-Sizun (suite) », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1899.
7. H. Le Carguet, « Notes archéologiques sur le Cap-Sizun, avec indication des endroits à explorer », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1883.
8. Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne, notice Mérimée IA00006149, « Manoir, Kerazan, Cléden-Cap-Sizun » (rédacteurs C. Toscer et F. Serre).