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XIXème siècle

Le XIXème siècle est, en France, celui des régimes qui se succèdent — Empire, Restauration, monarchie de Juillet, Seconde République, Second Empire, puis Troisième République. C'est surtout celui de la révolution industrielle : le charbon, la vapeur et le chemin de fer transforment le pays, l'industrie et le commerce prospèrent, et les villes s'enrichissent. La Basse-Bretagne rurale et bretonnante reste largement à l'écart de cet essor ; le Cap-Sizun, lui, va pourtant connaître un profond bouleversement, venu de la mer.

Le temps de Napoléon

Le XIXème siècle s'ouvre sur l'épopée napoléonienne. Après le Consulat, Napoléon Bonaparte est sacré empereur en 1804 ; le Code civil, les préfets et une administration centralisée refondent durablement le pays, tandis que les guerres de l'Empire saignent la jeunesse française jusqu'en 1815. La Basse-Bretagne, pauvre et bretonnante, en retient surtout la conscription — le tirage au sort et les levées de l'Empire, redoutés et souvent fuis. Au large du Cap, l'Iroise et l'approche de Brest, que la marine anglaise tient sous blocus presque sans relâche de 1793 à 1815, sont alors le théâtre d'une longue guerre navale1.

À Cléden, l'héritage le plus durable de l'ère napoléonienne est administratif. En application de la loi du 15 septembre 1807, un plan parcellaire — le « cadastre napoléonien » — est levé commune par commune : celui de Cléden-Cap-Sizun est dressé en 1837. Parcelle après parcelle, il fixe le finage, les lieux-dits et leur toponymie, et reste aujourd'hui une source précieuse pour l'histoire du territoire, conservée aux Archives départementales du Finistère1. Ce sont d'ailleurs les premiers maires de la commune — Yves Le Touller, puis le cultivateur Hervé Kersaudy à partir de 1811 — qui l'administrent sous l'Empire.

L'essor de la sardine

Dans la seconde moitié du siècle, la pêche à la sardine et les conserveries transforment toute la côte. Audierne, le grand port voisin, devient l'un des hauts lieux de la sardine : en 1878, sept cents barques étrangères au port viennent pêcher l'automne dans la baie, et la ville compte alors, en pleine saison, plus de trois mille pêcheurs. Vers 1900, on y dénombre une vingtaine d'ateliers de friture et quatorze usines de conserves — dont la plupart appartiennent à des investisseurs venus de l'extérieur, surtout de Douarnenez2.

Cet appel de la mer attire de nombreux paysans du Cap, « en rupture de terre », qui se font pêcheurs. C'est là, pour une part, qu'il faut chercher l'origine de la fracture entre paysans et marins que l'on retrouvera, bien vivante, au début du XXème siècle.

Phares et naufrages du Raz de Sein

Au large de la pointe du Van, qui ferme la commune au nord-ouest, le raz de Sein reste l'un des passages les plus redoutés des côtes de France : un étroit chenal aux courants violents, longtemps synonyme de naufrages — et, pour les riverains, d'épaves. L'essor du cabotage impose enfin d'y porter la lumière. L'État y élève coup sur coup trois phares : Tévennec, dont le chantier s'ouvre en 1869 et qui s'allume le 15 mars 1875 ; Ar-Men, au large de l'île de Sein, en 1881 ; et la Vieille, ou Gorlebella (« la roche la plus éloignée » en breton), construite à partir de 1879 et mise en service en 18873. C'est d'ailleurs l'allumage de la Vieille qui éteignit, la même année, l'ancien phare du Bec du Raz, élevé en 1838 à la pointe du Raz pour baliser la chaussée de Sein : désarmé, le vieux phare connut une seconde vie. Remis à la Marine en 1892 et coiffé d'une chambre de veille octogonale, il devint le sémaphore qui, aujourd'hui encore, guette le Raz — l'un des trente-six sémaphores de première catégorie de la Marine nationale. Le Raz n'était d'ailleurs pas le seul poste de guet du Cap : plus à l'est, à l'entrée d'Audierne, le sémaphore de Lervily veillait depuis 1862, jusqu'à son incendie par l'occupant allemand en 19443. Ces feux, toujours en service aujourd'hui, veillent sur une mer que Cléden regarde depuis la pointe du Van et la baie des Trépassés.

Franchir le Goyen

Carte postale ancienne du petit train Audierne–Douarnenez sur son viaduc
Le « petit train » Audierne–Douarnenez sur son viaduc, ligne ouverte en 1894. Carte postale ancienne (éd. ND). Wikimedia Commons, domaine public.

Le siècle est aussi celui des grands travaux qui désenclavent la presqu'île. Pour gagner le Cap depuis l'est, il fallait jusque-là passer le Goyen en bac, ou faire le long détour par Pont-Croix. En 1856, un premier pont relie enfin Audierne à Poulgoazec, en Plouhinec ; trop fragile face au vent, il est reconstruit en 1882 avec un tablier de fer plus solide4. C'est le début d'un désenclavement qui se poursuivra au siècle suivant.

En 1894, c'est le chemin de fer qui atteint le Cap : une ligne à voie métrique d'une vingtaine de kilomètres relie Douarnenez à Audierne par Poullan, Beuzec-Cap-Sizun et Pont-Croix. Ce « petit train » — le Youtar, comme on le surnommait — transporte le poisson et les conserves, mais aussi les premiers touristes venus voir la pointe du Raz. Il fonctionnera jusqu'en 1946, avant de céder la place à la route5.

Cléden au XIXème siècle

La commune, elle, demeure rurale et maritime. On y vit de la polyculture, de la récolte du goémon sur l'estran et de la petite pêche côtière, dans les criques du Vorlen, de Brézellec ou de Heign Has. C'est l'histoire de Cléden à cette époque — sa population, ses métiers, ses familles — qu'a patiemment rassemblée l'érudit Daniel Bernard dans sa monographie de la paroisse et de la commune, longtemps restée l'ouvrage de référence6.

Cléden n'a pas de grand port sardinier — le poisson se pêche et se traite à Audierne —, mais la prospérité de la côte ruisselle jusque dans les campagnes du Cap. Portée par cette vitalité, la population atteint son maximum en 1901, avec 2 746 habitants — près de trois fois plus qu'aujourd'hui7. Il faut nourrir tout ce monde — on met en culture la moindre parcelle, et le blé, le seigle et le sarrasin qu'on y récolte exigent d'être moulus. Faute de rivières, c'est le vent qui s'en charge : les moulins-tours de granit se multiplient sur les buttes du plateau, jusqu'à près d'une vingtaine à leur apogée. Leur histoire et ceux qui subsistent aujourd'hui sont réunis sur la page Les moulins de Cléden8.

Plan de la houillère du Cap-Sizun : un tracé rouge délimite le bassin houiller, centré sur Cléden
Le bassin houiller du Cap-Sizun (tracé rouge), centré sur Cléden, sur un plan manuscrit du XIXe siècle ; la coupe, en haut, en donne le relief. BnF, département Cartes et plans, GE C-2507 (Gallica), domaine public.

Le sous-sol, lui, a nourri un tout autre espoir. Dès 1759, la compagnie des mines de Poullaouen creuse deux puits près du village de Lamboban, en Cléden, sur un dépôt houiller que l'on croyait prolonger le bassin de Quimper. On y rencontre bien une veine « de la plus belle qualité », mais mince — une soixantaine de centimètres — et peu abondante ; les travaux, repris en 1774, sont interrompus par un accident mortel, et le matériel finit vendu aux enchères en 1782. Tout au long du XIXème siècle, les tentatives se succèdent — 1833, 1846, 1854, 1868 —, portées par l'espoir d'un charbon « sinon supérieur, du moins égal aux meilleurs charbons importés d'Angleterre ». Mais dès 1844, l'ingénieur des mines Dentis n'y voit que de « faux filons » sans avenir. Les demandes de concession se répètent pourtant jusqu'en 1901. Il serait faux, cependant, de n'y voir qu'un rêve sans lendemain : du charbon, on en a réellement extrait à Lamboban. Mais si peu — l'ensemble des tentatives du Cap-Sizun n'aura livré qu'une centaine de tonnes en un siècle et demi, expédiées à Audierne — que jamais une exploitation rentable ne put s'établir, la veine restant trop mince et sans cesse envahie par l'eau. De cette aventure minière, il reste surtout une trace d'archives, aujourd'hui conservée aux Archives départementales du Finistère9.

Les maires de Cléden au XIXe siècle

La liste des maires se poursuit tout au long du siècle10.


1. Cadastre napoléonien de Cléden-Cap-Sizun, dressé en 1837 en application de la loi du 15 septembre 1807 : Archives départementales du Finistère, cadastre ancien (série 3 P). Sur le blocus de Brest par la marine anglaise et la guerre navale dans l'Iroise sous le Consulat et l'Empire : « Le blocus de Brest par les Anglais au début du Consulat » (Actes du Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Persée).

2. Sur la sardine et les conserveries d'Audierne : « Audierne » (Wikipédia) et « Audierne, un port breton dans l'histoire globale » (blog Histoire globale).

3. Sur les phares du Raz de Sein : « Phare du Tévennec » et « Phare de la Vieille » (Wikipédia) ; « Phares et naufrages en Cap-Sizun » (audierneculture.com). Sur les sémaphores de la pointe du Raz (ancien phare du Bec du Raz) et de Lervily, en Esquibien : notices de l'Inventaire général du patrimoine, base Mérimée (ministère de la Culture).

4. Sur les ponts d'Audierne sur le Goyen : « Les 4 ponts d'Audierne » (Wikipédia).

5. Sur la ligne Douarnenez–Audierne (voie métrique des Chemins de fer départementaux du Finistère, 1894-1946) : « Patrimoine ferroviaire du Cap-Sizun » (Inventaire du patrimoine de Bretagne).

6. Daniel BERNARD, « Cléden-Cap-Sizun », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tomes LXXVI-LXXVIII, 1950-1952.

7. Population maximale en 1901 (2 746 habitants), contre 916 en 2023 ; recensements, Archives départementales du Finistère (« Évolution de la population de Cléden-Cap-Sizun ») et base « Des villages de Cassini aux communes d’aujourd’hui » (EHESS/INSEE).

8. Voir la page « Les moulins de Cléden », d'après l'Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne (dossier collectif IA00005987).

9. Daniel BERNARD, « Cléden-Cap-Sizun », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome LXXVII, 1951, p. 98-106 (« Le bassin houiller de Cléden »). Les dossiers de demandes de concession, expertises et surveillance des mines du Cap-Sizun sont conservés aux Archives départementales du Finistère, sous-série 8 S « Mines et énergie » (an VIII–1943), dont l'inventaire est consultable en ligne. La Bibliothèque nationale de France conserve en outre un Plan d'ensemble et coupe de la houillère du cap Sizun, canton de Pont-Croix (Finistère) (département Cartes et plans, GE C-2507), numérisé sur Gallica. Sur l'ensemble du bassin, voir aussi Bernard MULOT, « Les bassins houillers du Finistère », Penn ar Bed, n° 82, 1975, p. 148-166.

10. Liste des maires établie d'après l'article « Cléden-Cap-Sizun » de Wikipédia.