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XIXème siècle

Le XIXème siècle est, en France, celui des régimes qui se succèdent — Empire, Restauration, monarchie de Juillet, Seconde République, Second Empire, puis Troisième République — et celui de l'industrialisation. La Basse-Bretagne rurale et bretonnante en reste largement à l'écart ; le Cap-Sizun, lui, va pourtant connaître un profond bouleversement, venu de la mer.

L'essor de la sardine

Dans la seconde moitié du siècle, la pêche à la sardine et les conserveries transforment toute la côte. Audierne, le grand port voisin, devient l'un des hauts lieux de la sardine : en 1878, sept cents barques étrangères au port viennent pêcher l'automne dans la baie, et la ville compte alors, en pleine saison, plus de trois mille pêcheurs. Vers 1900, on y dénombre une vingtaine d'ateliers de friture et quatorze usines de conserves — dont la plupart appartiennent à des investisseurs venus de l'extérieur, surtout de Douarnenez1.

Cet appel de la mer attire de nombreux paysans du Cap, « en rupture de terre », qui se font pêcheurs. C'est là, pour une part, qu'il faut chercher l'origine de la fracture entre paysans et marins que l'on retrouvera, bien vivante, au début du XXème siècle.

Phares et naufrages du Raz de Sein

Au large de la pointe du Van, qui ferme la commune au nord-ouest, le raz de Sein reste l'un des passages les plus redoutés des côtes de France : un étroit chenal aux courants violents, longtemps synonyme de naufrages — et, pour les riverains, d'épaves. L'essor du cabotage impose enfin d'y porter la lumière. L'État y élève coup sur coup trois phares : Tévennec, dont le chantier s'ouvre en 1869 et qui s'allume le 15 mars 1875 ; Ar-Men, au large de l'île de Sein, en 1881 ; et la Vieille, ou Gorlebella (« la roche la plus éloignée » en breton), construite à partir de 1879 et mise en service en 18872. Ces feux, toujours en service aujourd'hui, veillent sur une mer que Cléden regarde depuis la pointe du Van et la baie des Trépassés.

Franchir le Goyen

Le siècle est aussi celui des grands travaux qui désenclavent la presqu'île. Pour gagner le Cap depuis l'est, il fallait jusque-là passer le Goyen en bac, ou faire le long détour par Pont-Croix. En 1856, un premier pont relie enfin Audierne à Poulgoazec, en Plouhinec ; trop fragile face au vent, il est reconstruit en 1882 avec un tablier de fer plus solide3. C'est le début d'un désenclavement qui se poursuivra au siècle suivant.

En 1894, c'est le chemin de fer qui atteint le Cap : une ligne à voie métrique d'une vingtaine de kilomètres relie Douarnenez à Audierne par Poullan, Beuzec-Cap-Sizun et Pont-Croix. Ce « petit train » — le Youtar, comme on le surnommait — transporte le poisson et les conserves, mais aussi les premiers touristes venus voir la pointe du Raz. Il fonctionnera jusqu'en 1946, avant de céder la place à la route4.

Cléden au XIXème siècle

La commune, elle, demeure rurale et maritime. On y vit de la polyculture, de la récolte du goémon sur l'estran et de la petite pêche côtière, dans les criques du Vorlen, de Brézellec ou de Heign Has. C'est l'histoire de Cléden à cette époque — sa population, ses métiers, ses familles — qu'a patiemment rassemblée l'érudit Daniel Bernard dans sa monographie de la paroisse et de la commune, longtemps restée l'ouvrage de référence5.


1. Sur la sardine et les conserveries d'Audierne : « Audierne » (Wikipédia) et « Audierne, un port breton dans l'histoire globale » (blog Histoire globale).

2. Sur les phares du Raz de Sein : « Phare du Tévennec » et « Phare de la Vieille » (Wikipédia) ; « Phares et naufrages en Cap-Sizun » (audierneculture.com).

3. Sur les ponts d'Audierne sur le Goyen : « Les 4 ponts d'Audierne » (Wikipédia).

4. Sur la ligne Douarnenez–Audierne (voie métrique des Chemins de fer départementaux du Finistère, 1894-1946) : « Patrimoine ferroviaire du Cap-Sizun » (Inventaire du patrimoine de Bretagne).

5. Daniel BERNARD, Cléden-Cap-Sizun, monographie d'une paroisse et d'une commune de la presqu'île du Cap-Sizun, 1942.