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Chapelle Saint They

carte postale ancienne de la chapelle saint they

Symbole du Cap-Sizun elle surplombe la mer à quelques mètres seulement des falaises vertigineuses de la pointe du Van. Autrefois, lors des pardons, les procession faisaient le tour de l'enclos mais en prenant soin de border la falaise d'un tour de mottes coupées sur la lande voisine afin d'éloigner le mauvais sort. Aujourd'hui, il serait difficile d'en faire autant tellement la mer a gagné du terrain et la falaise s'est approchée de la chapelle.

Histoire de la chapelle

carte postale ancienne de la chapelle saint they

L'édifice a été construit à l'emplacement même d'une autre chapelle qui tombait en ruine, cette autre chapelle ayant elle même remplacé une autre située plus en avant (d'après la tradition).

La chapelle de Saint They est la plus vaste des chapelles de Cleden, son maître-autel en bois sculpté provient de l'église paroissiale, son clocher a supporté de nombreuses cloches dont une née d'un échange avec celle de Langroas.

Parmi les objets anciens de la chapelle, l'archéologue Hyacinthe Le Carguet signalait une curieuse statue d'albâtre, ornée de bas-reliefs de personnages du Moyen Âge, qui aurait été retrouvée dans les filets d'un pêcheur, au passage du Raz, avant d'être remaniée, plus tard, en saint Sébastien2.

Un couplet d'un vieux cantique à St They, exprime à la fois la crainte de voir la chapelle enloutie dans les flôts de la baie des Trépassés et le souhait de la voir tenir contre les éléments qui la menacent, telle une figure de proue sur l'étrave de la Pointe du Van.

carte postale ancienne de la chapelle saint they

Ra jomo pell c'hoaz en e za
Ar chapelig var ribl ar mor
Ma c'hello sant They divar e zor
welet ar bageier o treiza...

Que demeure longtemps encore debout
La petite chapelle au bord de la mer
Afin que puisse St They depuis sa porte
Voir les bateaux passer...

Aujourd'hui, la chapelle Saint-They, classée monument historique fini sa restauration grâce à une association (dont un membre est présent chaque jour pour vous accueillir) et elle promet de défier encore longtemps les embruns et les fortes tempêtes du Raz.

Les pardons à Saint-They

Autrefois, quatre pardons avaient lieu à Saint-They : le dimanche qui suivait la fête de Saint Roch, le dimanche qui précedait la fête de Saint Mathieu, le second dimanche de mai et le grand pardon, le premier dimanche de juillet. A ce dernier se rendait tout le Cap-Sizun mais également certains du pays bigouden, de Quimper et d'au-delà car la réputation du saint s'étendait à toute la Cornouaille. La procession de l'île de Saint débarquait au Vorlen, celle de Cleden se rendait à sa rencontre le long de la falaise et, après accolade des croix, elles revenaient de concert à la chapelle. La nuit de veille de pardon, la foule campait autour de la chapelle, sur la lande nue et l'on découvre encore parfois des liard tournois, à l'éffigie de Louis XIII, témoins de ces temps aujourd'hui révolus. Désormais ne subsiste qu'un seul pardon à Saint-They, celui-ci se déroule le 1er dimanche de juillet.4

Saint They

On sait peu de choses sur son histoire, si ce n'est qu'il vécut au VIème siècle et qu'il fut disciple de St Guénolé fondateur de l'abbaye de Landevennec. St They est connu en Grande-Bretagne, dans le Cornwall, sous le nom de St Day. Il a donné son nom à Lothey (formé du breton Lok: "lieu consacré" et de They), près de Châteaulin. Des chapelles portent son nom à Saint-Ségal, Riec, Plouhinec, Poullan.

La forme primitive de son nom est Dei, la prononciation bretonne a fait muter le D en T. Il s'écrit encore: Dey, Tei, Tey, Thei.

La tradition veut que saint They ait vécu là même où s'élève sa chapelle. Un vieux dicton breton lui prête cette plainte, devant son ermitage de la baie des Trépassés, sur l'indifférence des pêcheurs de Bréhat : « Me vel bagou Breadic o pesketa er Raz, hac och ma guelet aman na rent ked cals a gaz ! » — « Je vois les bateaux de Bréhat pêcher dans le Raz-de-Sein, et pour me voir ici ils ne font pas grand cas ! » Un autre le dit venu du Midi et débarqué à Porz-ar-Zent : « Sant They, erves an istor, a so guinidic deus a Vourdel » — « Saint They, d'après l'histoire, est natif de Bordeaux »3.

La légende de Conomor

Cruel et sans pitié ce Barbe-Bleue Breton obtint, de sa femme Tryphine, deux fils: They et Trémeur. Un jour, pris d'un soudain excès de rage, il decapita ceux-ci...

They et Tremeur prirent alors leur tête sous le bras et rejoignèrent un canot qui les attendait à la côte. Saint They, voulant disposer de ses deux mains pour manoeuvrer la frèle embarcation, remis sa tête à son emplacement originel et, par miracle, celle-ci repris immédiatement vie. Par contre, St-Tremeur, gèné par le vent et les vagues, ne parvint pas le même exploit que son frère*.

Leur traversée se termina à Porz ar Zent (le port aux saints), une petite anse du Cap Sizun.

*C'est en rapport à cette légende que Saint Tremeur est souvent représenté portant sa tête dans les mains.

La légende St They

On prétend que la cloche de la chapelle St-They sonnait d'elle-même pour avertir les barques en danger de se mettre sous la protection du saint.

Un jour, la flotte du roi de France était poursuivie par une flotte ennemie. La cloche se mit à tinter. L'amiral de France répondit à cet appel et dirigeat ses vaisseaux dans la Baie des Trépassés, au pied de la falaise sur laquelle est érigée la chapelle. L'ennemi voulut les y suivre, mais un courant contraire prit ses navires et les entraîna dans le Raz où plusieurs frappèrent les éccueils, les autres furent dispersés au large.5

La sirène de Mary-Morgant

Sous la chapelle, à l'extrême pointe du Van, un rocher noirâtre dresse sa tête à une trentaine de mètres au-dessus des flots : c'est l'îlot de Mary-Morgant, la sirène. Car dans le Cap-Sizun, on a longtemps cru aux sirènes, et l'on plaçait ici même la demeure de la fée du Cap.

L'érudit Hyacinthe Le Carguet a recueilli, en 1888, le récit d'un pêcheur de Cléden qui l'avait aperçue. Depuis les falaises de Kerbuskulien, on l'aurait vue deux jours durant s'ébattre dans la mer, paraître et disparaître, sa longue chevelure blonde flottant sur son dos ; de temps à autre elle émettait un sifflement doux, plutôt qu'un chant, avant de s'éloigner vers la Basse-Jaune en longeant les rochers, de la pointe de Brézellec à celle du Van1.

Le Carguet, lui, tenait l'explication : deux ans plus tôt, une bouée surmontée d'un signal de brume avait rompu sa chaîne et dérivait dans le Raz de Sein. La conque du signal, sonnant par intervalles, faisait la voix de la sirène, et les fucus accrochés à l'épave, sa chevelure. « Cette explication n'a pas satisfait mon interlocuteur », note-t-il ; « lui et beaucoup d'autres croiront encore longtemps, dans le Cap, à l'apparition de la Sirène. »


1. H. LE CARGUET, « La légende de la sirène du Cap-Sizun », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1888.

2. H. LE CARGUET, « Notes archéologiques sur le Cap-Sizun, avec indication des endroits à explorer », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1883, p. 33-38.

3. H. LE CARGUET, « Les chapelles du Cap-Sizun (suite) », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1899, p. 26-40, 193-201 et 417-439.

4. H. LE CARGUET, « Les chapelles du Cap-Sizun (suite). La chapelle de Saint-They du Raz-de-Sein », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1903, p. 200-211.

5. H. LE CARGUET, « Les chapelles du Cap-Sizun (suite) : la cloche de Monsieur Sainct-They », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1905, p. 169-182.

Localisation

Coordonnées GPS : 48.060012, -4.712105

À proximité : Calvaire de Saint-They (20 m), Calvaire de Trouguer (190 m), Pointe du Van (460 m), Camp gallo-romain de Trouguer (560 m), Four de Keriolet (620 m), Trouguer (700 m).