Index > Histoire >
Préhistoire
Il est difficile de dater précisement l'arrivée de l'occupation humaine dans le Cap-Sizun et sur la commune de Cleden. Cependant, quelques indices prouvent la présence des hommes pendant la période préhistorique.
Un mot d'abord sur la démesure de ces temps : le Paléolithique à lui seul couvre des centaines de milliers d'années, et tout ce que nous appelons « l'Histoire », de l'Antiquité à nos jours, n'en occupe qu'un mince ruban à la fin. La frise ci-dessous le donne à voir, à l'échelle.
À l'échelle réelle
Le Paléolitique
Cette période démarre avec l'aparition de l'Australopithèque, jusqu'à la fin de la dernière ère glacière, appellée également Würm. On peut donc la situer entre -5 millions et -9000 ans. Littéralement, elle signifie Age de la pierre ancienne mais on l'appelle communément Age de la pierre taillée.
Le climat et le paysage
Le Paléolithique connaît l'alternance de phases climatiques chaudes, les interglaciaires, et froides, les glaciations. La dernière, celle de Würm, fut rude : au plus fort du froid, il y a environ vingt mille ans, la température moyenne se tenait de trois à cinq degrés sous l'actuelle et le pergélisol gagnait une bonne part de la France1. Une masse immense d'eau étant prise dans les glaces, la mer se tenait alors quelque cent vingt mètres plus bas qu'à présent.
Le Cap-Sizun n'était donc pas la presqu'île battue par les flots que nous connaissons, mais l'extrémité d'un vaste plateau émergé : le rivage se tenait loin vers l'ouest, au-delà de l'île de Sein — laquelle n'était qu'un modeste relief de cette plaine côtière, prolongé par la chaussée de Sein, ce long chapelet d'écueils aujourd'hui noyé2. Sur la commune même, là où s'ouvrent aujourd'hui la baie des Trépassés et le raz de Sein s'étendaient des terres ; et la baie de Douarnenez elle-même, peu profonde, n'existait pas encore : c'était une plaine que l'on aurait pu traverser à pied sec.
Les hommes
Durant cette période, les hommes vivent principalement du charognage, de la chasse et de la cueillette, on parle alors de chasseurs-cueilleurs. Ces hommes se tiennent debout et taillent déjà des outils habiles : le plus connu est l'Homo erectus, mais le Paléolithique est si long qu'il voit se succéder plusieurs espèces humaines, jusqu'à l'homme de Néandertal puis l'Homo sapiens. Certains avancent tout de même une évolution du charognage, c'est à dire la découverte et l'utilisation d'animaux déjà morts, vers une chasse controlée et spécialisée voire même de la pêche. C'est d'ailleurs à la fin de cette période, avec l'Homo sapiens, que datent les vestiges d'art pariétal.
Aucune trace découverte à jour concernant cette période sur la commune de Cléden. Cependant, le site archéologique de Menez Dregan en Plouhinec témoigne de la présence de l'homme dès cette période. Ce gisement, blotti dans une ancienne grotte marine de la pointe du Souc'h, a d'ailleurs livré l'un des plus anciens foyers domestiqués au monde : des restes de feux entretenus par l'Homo heidelbergensis il y a près de 450 000 ans. Sur un temps aussi long, sa position par rapport à la mer n'a d'ailleurs cessé de changer : au gré des glaciations et des réchauffements, les flots venaient tantôt battre le pied de l'abri, tantôt se retiraient très loin vers l'ouest, laissant la hauteur dominer une vaste plaine à sec. On ne peut exclure que ces hommes aient séjourné sur la commune de Cléden-Cap-Sizun et ce même s'il n'en subsiste de traces visibles aujourd'hui.
Le Mésolithique
Age intérmédiaire, on le situe entre classiquement entre -9000 et -5000 ans.
Le climat et le paysage
Le Mésolithique connaît un réchauffement important. La fonte des glaciers et de la calotte fait remonter la mer — non pas d'un coup, mais très lentement, sur des millénaires, de quelques millimètres par an : imperceptible le temps d'une vie, mais assez, au fil des siècles, pour noyer tout un rivage. Les géologues ont reconstitué cette transgression marine holocène le long des côtes du Finistère — une pause vers cinq mètres sous le niveau actuel il y a quelque cinq mille cinq cents à quatre mille huit cents ans, assez pour que se forment des tourbières là où bat aujourd'hui le ressac3. La végétation, elle, se transforme : à la steppe rase et froide succèdent une forêt de bouleaux et de pins, puis une épaisse chênaie4.
Pour le Cap-Sizun, cette lente montée engloutit, au fil des millénaires, l'ancien rivage et les plaines côtières où vivaient les chasseurs-cueilleurs : leurs campements gisent désormais sous l'eau, ce qui explique qu'on en retrouve si peu à terre. De cette terre disparue, la mémoire affleure encore dans les légendes du pays — la ville d'Ys submergée dans la baie de Douarnenez, ou le nom même de la baie des Trépassés. Sur la terre ferme, la forêt qui progresse gêne la libre circulation des chasseurs-cueilleurs, qui établissent leurs campements au bord des lacs et des marais.
Cette période connaît, entre autres, un développement des armes de jet. On assiste, en particulier sur le continent Européen, à la généralisation de l'emploi de l'arc et de la flèche. Cette évolution est en corélation avec des changements importants dans la nature du gibier notamment la disparition des grands migrateurs.
Le Néolitique
Autrement appellée age de la pierre polie, on situe cette période entre -5000 et -2000 ans.
Le paysage
Le Néolithique s'ouvre sur l'optimum climatique de l'Holocène : il y a environ huit mille ans, il faisait quelque deux degrés de plus qu'aujourd'hui, sous un climat chaud et humide1 — l'épaisse chênaie, mêlée de tilleuls et d'ormes, est alors à son apogée et couvre tout le Cap-Sizun4. Mais ce sont les premiers agriculteurs qui ouvrent ce paysage : défrichant la forêt pour leurs champs et leurs troupeaux, ils laissent gagner, sur les terres appauvries, l'ajonc, le genêt et la bruyère. La lande qui fait aujourd'hui le caractère du Cap n'est donc pas un paysage « sauvage » : c'est en grande partie une œuvre humaine, étendue au fil des siècles à partir du Néolithique et surtout de l'âge du Fer4.
Les hommes
Durant cette période, les conditions de vie s'améliorent sensiblement. Entre -5000 et -2000, la population mondiale passe de 500 000 à 5 millions. En paralèlle à leur sédentarisation, les hommes développent l'élevage et l'agriculture. Ils commencent également à célébrer leurs morts par la construction de tombes et dolmens, ils érigent des menhirs pour vénérer leurs dieux.
Les traces découvertes
On retrouve les témoignages du néolithique dans toute la Bretagne avec les menhirs et dolmens de Carnac ou le cairn de Barnenez. C'est également l'époque la plus représentée dans Cap-Sizun et dont on rencontre les traces et les objets, presque à chaque pas5. Malheureusement, la méconnaissance de leur importance historique a souvent conduit à leur destruction partielle ou totale.
Parmi les témoignages toujours visibles, l'éperon barré de la pointe de Castelmeur a livré des silex taillés qui remontent bien au Néolithique ; mais l'oppidum proprement dit — les remparts qui barrent la pointe — date de l'âge du Fer, à la fin de l'époque gauloise, le site ayant encore été réoccupé au Moyen Âge : sa description détaillée figure sur la fiche de la pointe de Castelmeur et sur la page Antiquité. Les restes d'un dolmen sont également visibles entre la pointe de Penharn et le village du même nom. Celui-ci se réduit à une dalle de 3 mètres de longueur sur 2 mètres 20 de largeur mais il était, jusqu'aux années 1950, encore soutenu par un pilier de 1 m 25 de large.
De cette époque peut également dater un tumulus découvert le 2 avril de l'année 1889 par Jean-Marie Perhérin au village de Trévénan. Ce vestige était selon la tradition autrefois surmonté d'un moulin à vent et se situait à l'angle N. E. du champ dit Tal-ar-Vil. Le tumulus formait une butte d'environ 20 mètres de diamètre irrégulièrement aplani mais avait malheureusement été fort endommagé lors de sa découverte. L'archéologue Le Carguet, dépéché sur place, y trouva des pierres noires, des charbons, quelques éclats de silex, deux petits galets verdâtres, réniformes, un peu aplatis, de la grosseur d'un oeuf de pigeon, et une hâche en diorite ayant les dimensions suivantes: longueur de l'axe, 0m085, largeur du tranchant, 0m050; celui-ci décrit un arc elliptique surbaissé. Pas de poteries6. Un vase brisé de la même éopoque aurait également été découvert dans un champ appelé Parc-ar-Men-Bihan à 80 mètres au nord-ouest de ce tumulus.
1. « La France pendant les deux derniers extrêmes climatiques : l'optimum holocène (8 000 ± 2 000 ans B.P.) et le dernier maximum glaciaire (18 000 ± 2 000 ans B.P.) », cartes et notice, CNF-INQUA / Andra, collection Sciences & Techniques.
2. Yvan PAILLER, Pierre STÉPHAN et al., « Évolution des paysages et occupation humaine en mer d'Iroise (Finistère, Bretagne) du Néolithique à l'Âge du Bronze », Norois, n° 220, 2011, p. 39-68.
3. Jérôme GOSLIN, Brigitte VAN VLIET-LANOË, Pierre STÉPHAN et al., « Variations du niveau marin relatif holocène dans l'ouest de la Bretagne », d'après les tourbes de base (7600–4000 cal. BP).
4. Dominique MARGUERIE, « Histoire des essences et des usages en Bretagne », Bretagne Culture Diversité (Becedia).
5. H. LE CARGUET, « Meules et molettes préhistoriques, gauloises et romaines, trouvées dans le Cap-Sizun », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1893, p. 339-345.
6. H. LE CARGUET, « Le tumulus de Trévénan en Cléden-Cap-Sizun », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1889, p. XLIII-XLIV.
Localisation
Coordonnées GPS : 48.066308, -4.624343
À proximité : Penharn (70 m), Plage de Louédec (370 m), Pen ar Vogar (460 m), Kerlan (470 m), Meil Kerharo (500 m), Port de Heign Has (550 m).

