Index > Patrimoine Religieux >
La chapelle saint Tugdual
Cette chapelle se situe au bord d'une route sineuse allant du bourg de Cléden à la baie des Trépassés, dans le village de Trouzent. Elle tapie sur le flanc d'un petit vallon qui se prolonge jusqu'au village de Kerléodin. Elle est de forme allongée et possède une seule nef prolongée par une sacristie.
Histoire de la chapelle
Le 31 mai 1772, un certain Nicolas Dagorn, fabricien de son état, fût chargé de construire en lieu et place de la chapelle, un édifice plus vaste permettant d'accueillir l'afluence des fidèles. Cette nouvelle chapelle, celle qui existe actuellement, fût achevée dans la même année comme l'atteste l'inscription sur le linteau de la porte d'entrée :
BATYE EN LAN 1772
A cette construction brute vint s'ajouter le clocher, construit pas Hervé Ansquer en 1775 pour la somme de 64 livres. La cloche, initialement prévue pour l'ancienne chapelle, avait été bénite le 22 juin 1738 par Jean Dagorn. Elle fût nommée Marie-Olive.
Enfin on construisit de la sacristie, achevée en 1779 par Jean Le Hir, maçon et Clet le Goff, charpentier. Il reçurent 85 livres pour ce travail, ajouté à la réparation de la balustrade du coeur, du lambris et de la toiture. Ces travaux sont datés sur la sacristie:
V. D. M. A JANNIC : RECTEUR 1779
L'intérieur de la chapelle
Celui est simple et très bien entretenu. L'autel semble être de facture recente, il se compose d'une table soutenue par deux pieds massifs, lequels sont séparés par une croix, le tout en granit. Dans des niches situées de part et d'autre du retable sont placées deux statues, saint Tugdual à gauche et saint Pierre à droite.
Les pardons à Saint-Tugdual
Autrefois, deux pardons étaient célébrés à Saint Tugdual mais aujourd'hui l'unique pardon a lieu le deuxième dimanche d' Aout.
Anecdotes
Au temps des moulins à vent, on balayait la chapelle pour que le vent se lève et fasse tourner les ailes. D'où le dicton local :
Troc'ha an ed du arog Sant Duel,
Gant aon e iaffe gant an avel
Couper le blé noir avant la fête de Saint Tugdual,
De peur que le vent ne l'emporte
Daniel Bernard relate à se sujet une histoire intéressante: « Tonton Jean-Pierre P. du moulien de K..., ennuyé de voir que le temps calme se prolongeait, et poussé par ses clients qui réclamaient leur farine, s'en fut un jour balayer la chapelle en désespoir de cause. Sa besogne terminée, voyant que le vent ne se levait point, il se mit en colère, et brandissant son balai, il en donna un grand coup dans la poitrine du saint. Reveillé sans doute de sa torpeur, celui-ci décida de jouer un bon tour au coléreux meunier. Tonton Jean-Pierre constata avec stupeur, en revenant auprès de son moulin que les ailes en étaient brisées, la voilure déchirée et la toiture emportée. Le saint s'était vengé à sa manière. Tonton Jean-Pierre mourut peu de temps après sans avoir pu réparer les dégâts occasionnés par cette tempête inopinée. En punition de l'offense faite à son image, saint Tugdual l'avait condamné à assister impuissant, à la décrépitude de son cher moulin »1.
Saint Tugdual
Tugdual naît en Grande-Bretagne à l'aube du VIème siècle. Son père Hoel 1er, avait dû s'y exiler, avec sa famille pour fuir les armées de Clovis. Confié, dit-on, à St Ildut, dans l'école que celui-ci avait fondée à Llan-Illtud-Fawr, il reçoit de lui un enseignement spirituel et moral remarquable pour l'époque. Son ascétisme, sa ferveur, son sens de l'autorité le font remarquer: il est nommé Père Abbé d'un couvent grand-breton.
A la mort de son père, il revient en Bretagne en compagnie de sa mère et de sa soeur Seva, ainsi que de sa communauté religieuse. Ils débarquent dans le Nord-Finistère, d'où Tugdual part en quête d'une terre pour s'y installer. On lui donnera un lieu appelé Trepabu. Il n'y séjournera pas longtemps et part fonder un autre monastère dans le secteur de Tréguier.
A cette époque, Childebert a succédé à Clovis. Les relations avec le nouveau roi des Francs prennent alors une tournure plus favorable à l'égard des Bretons, grâce à l'action diplomatique de St Samson, évêque de Dol, et de Tugdual. Ils furent, par l'entremise de St Germain de Paris, reçus par ce roi. Tugdual obtint de Childebert l'évêché de Lexovie, nom ancien de Lisieux. Mais il doit y subir bientôt des persécutions, qui l'obligent à quitter son siège épiscopal.
Il revient alors trouver refuge dans le couvent de Trepabu, où se trouve sa soeur Seva. Et, pendant deux années au moins, il se tient à l'écart de toute charge ecclésiastique. C'est à ce moment que se situerait son voyage à Rome. Rien ne le prouve, mais un tel déplacement n'est pas du tout invraisemblable, car il est prouvé que d'autres dignitaires bretons l'effectuaient déjà au siècle précédent, notamment par la voie maritime. Pendant son séjour aurait eu lieu le décès du Pape. Les évêques présents le placent malgré sa volonté, sur le trône pontifical vacant. Mais sa modestie, son humilité, lui font renoncer à la dignité papale.
Ce serait cet épisode de sa vie, selon la légende qui lui aurait valu l'appellation de Pabu, vieux breton signifiant Père (Pape, en breton moderne, se traduit par Pab, et la racine est le grec pappas : père). D'où les toponymes: Trepabu, St-Pabu, Lanpabu, Lopapu et d'autres encore.
Ce que l'on peut dire objectivement, c'est que ce titre de Père se donnait autrefois aux évêques. Or, si St Tugdual n'a pas été pape, il a surement été évêque !
Tugdual sillone alors la Bretagne et en particulier notre partie de la cornouaille. Il aide ses compatriotes à s'organiser matériellement et leur apporte soutien spirituel et réconfort. Son influence est très grande. Il mourut, d'après ses hagiographes, le 30 novembre 564.
1. Daniel BERNARD, « Cléden-Cap-Sizun », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tomes LXXVI-LXXVIII, 1950-1952.
Localisation
Coordonnées GPS : 48.048581, -4.689875
À proximité : Trouzent (60 m), Calvaire de Trouzent (ouest) (100 m), Calvaire de Trouzent (est) (190 m), Kerogel (220 m), Kerlèodin (360 m), Lescleden (450 m).

