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La pointe de Castelmeur
Son nom signifie la Grande forteresse. Daniel Bernard vantait ainsi le panorama que l'on découvre depuis le sommet du promontoire : « À gauche, c'est-à-dire à l'Ouest, on a devant soi la Pointe du Van, Tévennec, l'Île de Sein et l'immensité de l'océan, d'où surgit par temps clair, comme un beau cierge blanc, le lointain phare d'Ar-Men ; en face, dans le Nord, le Cap de la Chèvre, le château de Dinan, les Tas de Pois ; plus loin, dans le fond, la pointe du Toulinguet, l'entrée du goulet de Brest, la Pointe Saint-Mathieu avec les ruines de son abbaye ; enfin, à droite, c'est-à-dire à l'Est, les superbes plages de Telgruc et de Saint-Nic que domine majestueusement le massif élevé du Menez-Hom. »1
Un haut lieu archéologique
Le promontoire porte les vestiges d'un oppidum fortifié. Daniel Bernard en a laissé cette description :
« Sur ces deux versants, on remarque de nombreuses dépressions rectangulaires où l'herbe pousse plus verdoyante qu'ailleurs. Ce sont les emplacements des habitations des occupants qui ont su s'y fortifier fort habilement contre les surprises d'un ennemi venant de terre. Du côté de la mer, ils n'avaient rien à craindre : la forteresse est inabordable. Les habitations étaient au nombre de 95, savoir : 44 sur le versant Ouest et 51 sur le versant Est. […] Les 95 habitations de Castel-Meur sont toutes construites sur le même modèle. Elles sont rectangulaires, creusées en terre dans le sens de la déclivité de la falaise, l'entrée se trouvant du côté de la mer. […] Au milieu de la case […] c'est le foyer. On y a trouvé une épaisse couche de cendre. […] Toutes sont couvertes d'un lit de cendre, ce qui prouve qu'elles ont été détruites par le feu. L'exploration de Castel-Meur faite en 1890 par M. Paul du Châtellier a produit une grande quantité d'armes, fers de lances, pointes de javelots, épées, haches, faucilles, et surtout beaucoup de poteries grossières faites sans le secours du tour […]. L'entrée de l'oppidum est défendue par quatre lignes de forts retranchements et par trois douves profondes. »1
Comment ces populations pouvaient-elles vivre sur un tel rocher ? « De chasse et de pêche probablement, et aussi de quelques graines semées sur la falaise ou importées de l'extérieur » ; Daniel Bernard relève surtout un atout décisif : « elles avaient d'abondantes sources d'eau douce coulant aux issues même de la forteresse. »1
Les cases, pressées les unes contre les autres jusqu'au bord du précipice, variaient en taille — « les plus petites […] ont 3 mètres de long sur 2 m 50 de large ; la plus grande mesure 10 mètres sur 3 m 60 » —, retenues par des murs de soutènement en pierres sèches et tapissées d'un lit d'argile ; beaucoup paraissent avoir été couvertes de charpentes surmontées de mottes de terre en guise de toiture.1
Parmi les objets exhumés, l'archéologue Hyacinthe Le Carguet décrit une paire de meules gauloises retrouvée intacte : « une paire de ces meules a été trouvée en place, au coin d'une hutte. Elles étaient posées sur deux pierres, de champ, laissant, entre elles, un intervalle pour recevoir la farine qui s'écoulait par le trou central de la meule dormante. » L'armature de l'une d'elles fut offerte au musée de Quimper.2
Du côté de la terre, la place était puissamment défendue. Paul du Châtellier, qui fouilla l'oppidum en 1890, décrit une succession de trois douves et de quatre remparts, le dernier « formidable […] qui n'a pas moins de 4 mètres de haut sur 9 mètres de large à la base ». Ne pouvant fuir d'aucun côté, les occupants « durent opposer, avant de se rendre, une résistance désespérée ».3
Le mobilier exhumé comprend des armes de fer — fers de lance et de javelot, épées, faucilles —, quantité de poteries grossières faites sans le tour, des meules et des pierres à aiguiser. La case la mieux abritée, que du Châtellier tient pour celle du chef, a livré des perles de verre bleu et « une tige ronde en or, pesant 10 grammes » ; une autre, « une partie notable d'un casque en fer ».3
Il est très difficile de dater des monuments de Castel-Meur car il semblerait que les fortifications aient été rafraîchies à l'époque gauloise. On peut malgré tout penser que les constructions en elle-même datent de 2000 ans.
L'occupation du promontoire est pourtant plus ancienne encore que cet oppidum. Sur la crête subsistait un tertre de terre où « l'on a recueilli des fragments de poteries ayant tous les caractères des poteries caliciformes des dolmens et deux pendeloques en quartz percées d'un trou », selon Daniel Bernard : les traces d'une présence remontant au Néolithique.1
1. Daniel BERNARD, « Cléden-Cap-Sizun », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome LXXVI, 1950, p. 75-79.
2. Hyacinthe LE CARGUET, « Meules et molettes préhistoriques, gauloises et romaines, trouvées dans le Cap-Sizun », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1893, p. 339-345.
3. Paul du CHÂTELLIER, « Oppidum de Castel-Meur en Cléden (Finistère) », L'Anthropologie, t. I, 1890, p. 401-412 (consultable dans la base documentaire).
Localisation
Coordonnées GPS : 48.063970, -4.689360
À proximité : Kernot (740 m), Castel (le) (810 m), Kerninon (890 m), Calvaire de Croas-Kerninon (930 m), Croas Kerninon (950 m), Moulins de Trouguer (1,1 km).

